22 avril 2010

Jorge Semprun : extraits de conversations

(extrait de l'article de Mediapart au sujet de 3 interviws fimées de Jorge Semprun et de son expérience du camp)

Jorge Semprún refuse d'accabler Allemands et Autrichiens sous le joug nazi, mais s'interroge sur la prise de pouvoir par Hitler à la faveur d'une démocratie dévoyée. D'où, selon lui, la nécessité de respecter une forme de règle d'or politique ainsi énoncée:

«Élections libres et pluralisme, sans doute, mais également séparation des pouvoirs, laïcité de l'État (par rapport aux religions de toutes sortes et aux idéologies de salut public), système parlementaire, délégation des pouvoirs... En un mot: toutes les règles et normes qui assurent la libre expression des conflits de la société civile et qui fassent de la gestion démocratique des conflits le moteur d'une démocratisation permanente, la base d'un consensus qui ne peut être que dynamique, qui ne doit jamais se figer dans des formules autoritaires, même lorsque l'autorité compte sur un appui majoritaire.»

Après ce credo civique toujours d'actualité, Jorge Semprún citait la fin de la conférence de Husserl, qui pressentait, en 1935, «la chute dans la haine spirituelle et la barbarie» d'une Europe «devenue étrangère à son propre sens rationnel de la vie». Le créateur de la phénoménologie appelait toutefois à une renaissance «à partir de l'esprit de la philosophie, grâce à un héroïsme de la raison», avant de conclure: «Le plus grand danger de l'Europe est la lassitude.»

Voilà une petite partie des impressions et des convictions qui naquirent, chez Jorge Semprún alors âgé de 21 ans, à partir de conversations fortuites et inespérées, le dimanche après-midi, dans le camp de Buchenwald; tandis que tant d'êtres humains, gisant sur les châlits, tentaient de reprendre haleine, ou, déjà plus morts que vivants, se vidaient dans le bâtiment des latrines...

Posté par kellysmith à 15:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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